L'avenir des bijoux selon la Haute École de Joaillerie de Paris

Il est de notoriété publique que Paris a joué, et joue encore, un rôle majeur dans la joaillerie. Souvent considérée comme la capitale mondiale des bijoux, la Ville Lumière peut se targuer d'accueillir la plus ancienne école de joaillerie du monde. Outre la place Vendôme, la capitale française est le berceau de la Haute Ecole de Joaillerie. Mais qu'apprend-on aujourd'hui, alors que la demande des consommateurs du XXIe siècle évolue ? Sa directrice l'explique :

Le futur de la joaillerie

La Haute École de Joaillerie (HEJ) de Paris est le plus vieil institut de ce genre du monde. Elle a été créée à l'initiative du secteur français du bijou au 19e siècle. Elle vient d'ailleurs de célébrer récemment son 150e anniversaire. Ce sont notamment les maisons Boucheron et Mellerio qui furent à la base du projet. Implantée au 58 de la rue du Louvre, l'école travaille en collaboration avec l'Union française de la bijouterie (UFBJOP), l'héritière de la corporation des orfèvres, afin d'assurer la pérennité de ce secteur. La présidente de la HEJ est d'ailleurs vice-présidente de l'UFBJOP. Elle a répondu aux questions du magazine diamonds.net :

Quel est le rôle de la joaillerie française dans le contexte international ?

La joaillerie française est portée par des groupes spécialisés dans le luxe qui sont principalement français. Elle réalise des exportations de 5,3 milliards d'euros chaque année. Nous avons une capacité de production importante, donc un besoin de formation. La joaillerie a des siècles d'histoire derrière elle en France. Ce secteur pèse toujours plus lourd, mais il doit aussi s'adapter à son internationalisation. L'UFBJOP a pour mission de soutenir les sociétés qui la composent afin que nous soyons compétitifs.

Quels sont les grands défis du secteur bijoutier ?

Il y a l'arrivée de l'intelligence artificielle, de l'impression 3D. Nous devons accompagner ces changements, assurer la formation et les investissements nécessaires. Il faut également intégrer la prise en compte grandissante de la responsabilité sociale des entreprises, qui induit des changements concernant la traçabilité de l'origine des matériaux et des chaînes logistiques. Les grandes marques internationales fabriquent leurs plus beaux bijoux en France, nous devons donc rester à l'avant-garde afin de maintenir ce dynamisme.

Comment l'enseignement dispensé par la HEJ a-t-il été modifié par ces nouveaux besoins ?

Il y a un dialogue permanent entre les maisons de joaillerie, notre école et les étudiants. Nous enseignons la fabrication de bijoux, nous formons des techniciens. Mais le processus de création n'est jamais bien loin, il accompagne les ateliers de l'école. Les maisons nous demandent particulièrement de former les joailliers au dessin assisté par ordinateur. Les maisons comme les étudiants sont friands de l'enseignement par apprentissage (cours et expérience pratique en atelier).

Comment les étudiants d'aujourd'hui se démarquent de ceux des générations précédentes ?

Les jeunes débarquent souvent chez nous après leur bac. Il est aujourd'hui très rare de voir des jeunes qui viennent de passer leur 10e, ce que nous regrettons. Ici la patience est nécessaire, ainsi que la dextérité et l'humilité. Les étudiants doivent être curieux et ouverts d'esprit, car notre secteur change très rapidement.

Quels sont les nouveaux métiers de la joaillerie ?

Très certainement le dessin assisté par ordinateur (DAO). Il y a aussi de nouveaux postes qui sont créés par rapport à la responsabilité sociale et à la traçabilité. Les progrès technologiques exigent de nouvelles compétences, notamment du côté des outils numériques. Aujourd'hui des maisons recrutent des ingénieurs de la Centrale Paris, des docteurs en sciences. Il faut donc créer des ponts avec l'écosystème de la joaillerie. Nous venons de lancer un nouveau Master en gestion de production de bijoux.

Certains métiers vont-ils disparaître ?

Le secteur de la joaillerie rassemble 20 savoir-faire distincts. Certains sont plus rares que d'autres, bien entendu. Nous devons travailler afin de les maintenir tous, à des fins de préservation, mais aussi pour répondre à des besoins spécifiques : gravure à la main, émail, laque et polissage sont des choses auxquels nous devons particulièrement porter attention.

Comment la HEJ envisage-t-elle le futur ?

Le besoin des maisons doit toujours être au centre de nos préoccupations. Nous dessert non des certificats professionnels pour les opérateurs que nous formons, nous avons créé un diplôme en design qui deviendra bientôt un Master. Avec le projet Technea, nous associons les étudiants en design avec les joailliers artisans, comme cela se fait en entreprise. Des esquisses au produit fini, ils collaborent à un projet. En septembre 2020, nous allons lancer un diplôme en joaillerie numérique. Nous sommes également en train de nous équiper en imprimantes 3D afin de commencer à former nos étudiants à cette technologie qui va révolutionner le secteur des bijoux.


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