Pour homme, pour femme : des notions bientôt obsolètes dans la mode ?

Le département de la mode du Museum of Fine Arts de Boston occupe un espace déposant d'une hauteur sous plafond impressionnante. Sur toute la hauteur de ses murs, la section mode dispose de bibliothèques remplies de livres qui l'a fait ressembler à une université vénérable. Il s'y prépare une leçon inattendue sur les tenues vestimentaires.

La curatrice de la section mode du musée, Michelle Finnamore, a fait découvrir à un journaliste du New York Times certaines des pièces qui seront montrées durant sa prochaine exposition, « La mode façonnée par les genres », qui aura lieu du 21 mars au 25 août 2019 à Boston.

On peut notamment voir un mannequin habillé avec un blazer Comme des Garçons 2012 garni d'énormes imprimés roses et d'un kilt noir en guise de dessous. Cette pièce résume très bien l'esprit de l'exposition : cet habillement a-t-il été conçu pour être porté par un homme ? Ou une femme ? Ces questions restent-elles pertinentes en 2019 ?

mode unisexe

Les concepts de neutralité du genre, de la fluidité et des vêtements unisexes font parti des tendances parmi les plus vigoureuses de la mode de cette dernière décennie. On a beaucoup écrit sur le sujet dans les magazines et les journaux, ce qui a encouragé des activistes et des vedettes de Hollywood des 2 sexes d'expérimenter en mélangeant les genres sur les tapis rouge, en termes d'habillement, de bijoux unisexes, etc.

Mais du point de vue d'un musée, le sujet est tellement neuf qu'il a fallu repenser les éléments les plus rudimentaires de l'organisation d'une exposition consacrée à la mode.

« Nous avons dû commander de tout nouveaux mannequins, dont le genre est plus neutre, et qui affichent désormais toutes les nuances de ce chevauchement, » a déclaré Me Finnamore. L'exposition ne pouvait pas mieux tomber, alors que le sujet est de plus en plus discutée dans le débat public.

« Dieu merci, on organise ce genre d'exposition en 2019, » a déclaré le designer parisien Rad Hourani, considéré comme le premier à avoir créé une collection prêt-à-porter unisexe en 2007. « Lorsque j'ai commencé à évoquer la question, je savais que nous n'avions pas besoin de ces catégories. »

La collection de Monsieur Hourani comportait plus d'une douzaine de pièces noires, notamment des bottes imposantes, des pantalons et d'élégantes vestes unisexes.

L'exposition de Boston, qui comportera plus de 130 pièces, concerne tous les types de vêtements, mais rassemble aussi des dessins, des photographies et d'autres documents qui montrent comment le genre affecte la façon dont nous nous habillons, ainsi que comment cela est en train de changer. Jean-Paul Gaultier, Alessandro Michele et Rei Kawakubo sont parmi les designers qui sont évoqués dans l'exposition.

Elle se penche également sur des développements récents de la tendance, qui sont de plus en plus nombreux, mais aussi sur les racines du mélange des genres, que l'on peut retrouver dans le costume de Marlène Dietrich, ou encore la révolution du paon des années 60, lorsque la mode homme s'affranchit de ses codes traditionnels basés sur le classicisme et des couleurs comme le gris et le brun.

Marlène Dietrich

« Ce sujet est tellement d'actualité, » affirme Me Finamore, qui a effectué des recherches pendant plusieurs années sur le sujet et qui a été particulièrement inspirée par les évolutions récentes de la mode homme. « Il y a un processus de remodelage de la signification du caractère binaire des genres. Ce qui me passionne dans ce sujet, c'est qu'il me permet d'explorer et de présenter le contemporain tout en me plongeant dans l'histoire afin de réfléchir à ce qui l'a précédé, » a-t-elle ajouté.

Même si elle explore un nouveau territoire, l'exposition Gender Bending Fashion est le fruit d'une évolution récente des musées d'art qui présentent des expos consacrées à la mode, un sujet qui a le vent en poupe.

L'institut du costume du Metropolitan Museum of Art a montré la voie à suivre avec des expos qui ont attiré les foules l'année dernière, notamment l'une consacrée à la mode dans l'église catholique, qui fut l'exposition la plus populaire du musée en 2018 avec plus de 1,65 millions de visiteurs. La tendance est néanmoins globale. Le musée d'art de Philadelphie a récemment clôturé une exposition consacrée à la mode, de Dior à aujourd'hui. À Montréal, on peut voir une exposition consacrée à Thierry Mugler jusqu'au 8 septembre.

Pour les musées d'art, les expositions temporaires consacrées à la mode ont pour objectif de faire coup double. Elles permettent de faire des entrées, et ce faisant d'attirer davantage de visiteurs pour leur activité de base, à savoir la peinture et la sculpture.


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